Vivre à Java dans les années 1940-1950
Témoignage de Nelly Plumier: Nelly nous raconte Java
Une grosse boule de feu les a fait précipitamment sortir de leur maison pour se réfugier d’abord dans un abri de fortune dans leur jardin, ensuite dans un bunker au bord de la Meuse, cet abri qui était souvent utilisé comme refuge (à hauteur du pont sur le chemin de fer). Un bruit fracassant a suivi, la queue de l’avion est tombée à Gives, un malheureux est tombé dans le fleuve et le reste s’est écrasé sur la colline à Java où un monument commémore cet événement terrifiant qui devait coûter la vie à 7 aviateurs le 13 août 1944. Mais ce n’est qu’un épisode de cette période de la vie de la petite Nelly, alors âgée de 9 ans.
Cette histoire commence beaucoup plus tôt. Notre témoin, Nelly Plumier naît dans la petite maison du chemin de fer à Java. C’est dans cette petite maison, où Nelly vit, que l’on pouvait trouver un guichet de gare. Sa maman, quand elle ne vendait pas des tickets, s’occupait aussi du passage à Niveau. Elle attendait scrupuleusement l’autorisation pour ouvrir la barrière et céder le passage tantôt à un des rares véhicules qui circulait à cette époque tantôt à un troupeau de vaches qui rejoignaient leur pré au tiers de Java (les vaches de la ferme Bourdouxhe). Par téléphone ou en guettant un signe du côté de l’aiguillage qui était plus loin vers Seilles (à hauteur de l’actuel club canin), elle vérifiait que les circonstances permettaient de traverser les rails.
A l’époque, pas de grande surface et de paradis du consommateur, pas de télévision et les enfants inventaient eux même leurs jeux. Entre les parties de billes des garçons, en hiver les descentes à traineau sur une neige alors abondante, souvent, Nelly passait son temps en allant saluer les habitants de Java chez eux. C’est ainsi que tout le monde se connaissait et s’entraidait.
Nelly se souvient que son papa cultivait le froment et qu’en fonction des besoins, sa maman partait à vélo avec un gros sac de grain à moudre au moulin de Couthuin. Un cheptel de moutons était leur source de lait. Il y avait des poules et des lapins. Nelly se souvient que sa maman filait la laine de brebis. A cette époque, on faisait tout avec rien et la vie était rude. Il ne suffisait pas de pousser sur un bouton pour faire la lessive mais plutôt : faire tremper le linge, actionner une pale avec une manivelle pour faire tourner une machine dans laquelle on versait de l’eau que l’on avait fait chauffer, tordre, étendre le linge sur l’herbe…
Il a fallu attendre les années 50 pour avoir l’eau courante. Les habitants de Java prenaient leur eau d’une source (à flanc de colline) ou à l’un des puits, dont l’un subsiste encore, rue Nestor Evrard. Il y avait semble-t-il un four à pain mais Nelly pense qu’on ne l’utilisait guère. Il y avait une ou deux épiceries : chez Vrankenne (en bord de Meuse) et une autre vers l’intérieur.
Les trajets n’étaient pas simples non plus. Peu de gens avait une voiture, ceux qui pouvaient circulaient à vélo, les autres à pied. Les trains, quand ils passaient, étaient souvent en retard. Nelly nous raconte que son grand frère parfois, pour rentrer de l’institut Saint Quirin, prenait le tram jusqu’à Gives et une fois arrivé à Gives, il devait faire appel au service du passeur d’eau. Traverser la Meuse à Java était certes un très grand avantage, que l’on regrette encore aujourd’hui. La maison du passeur d’eau correspond au numéro 11 rue Libert. Les gens de Java se dirigeaient soit vers Couthuin, soit vers Seilles, soit vers Bas-Oha et Huy. Nelly se souvient aussi que, pour sa communion M. Lallemand qui possédait une voiture, s’est offert de la conduire. En riant, elle ajoute que sans ça, elle serait partie avec sa jolie robe blanche, à vélo sur le porte paquet de son papa.
Les hommes cherchaient parfois un peu de réconfort et allaient boire une « goutte » chez Fritz (Powpow), chez Laure Graindorge de l’autre côté du rail ou encore chez Sophie, plus loin vers Bas-Oha, au bas de la rue Fond du Ry.
Vers Bas-Oha, à la belle saison, une plage en bord de Meuse était fort fréquentée. Les jeunes aimaient aussi aller au bal à la salle du Casino, à la salle de la coopérative ou à l’ancienne maison communale à Oha. Le cercle Saint Lambert était aussi une bonne adresse.
A Java, c’était là aussi qu’il y avait le déchargement des wagonnets remplis de minerais de fer qui sortaient d’une galerie de mine longue de plusieurs kilomètres, dont l’entrée se trouvait à Couthuin. Le directeur de la mine habitait dans une belle maison, construite sur les hauteurs de Java (dans les bois).
Au début de la guerre, dans un premier temps, Nelly et sa famille sont partis chercher refuge en France. Mais le refuge, une grange pour plusieurs familles, n’a pas laissé un très bon souvenir. Cette escapade a duré environ 3 mois après quoi, les réfugiés sont rentrés. Ils ont continué à vivre du mieux qu’ils ont pu, avec leur production locale et les timbres de rationnement. Des Allemands étaient installés à Java, principalement dans une maison rue Nestor Evrard et dans le bâtiment de l’actuel Champerdrix, qui à l’époque comptait 2 étages de plus. Il y avait des résistants, mais pour ce sujet là, Nelly était trop jeune et ne peut en parler plus. C’est pendant cette période qu’a eu lieu la construction de la chapelle de Java (1942), désormais désacralisée. Les timbres de rationnement ont perduré pendant quelques années après la guerre.
Mario Calderan, né le 1/12/1935, l’époux de Nelly est arrivé en Belgique en 1947, depuis son Frioul natal parce que son père venait pour travailler dans les carrières de Seilles mais ça c’est une autre histoire.
