Rue En Briolet à Bas-Oha
De l'ancienne église de Bas-Oha jusque dans la vallée à Java, on cultivait la vigne .
Témoignage de Stéphanie Ratz, historienne et archiviste de formation, la Bas-Ohatoise est responsable du département cadre de vie à la Ville de Huy. Elle préside le Cercle hutois des sciences et des beaux-arts qui, depuis 1875, publie ses annales sur l'histoire au sens large de Huy et sa région. Stéphanie Ratz est l'auteure de plusieurs articles dans des publications de la Ville de Huy et principalement dans leur volet historique. par Frédéric Renson du journal L'Avenir en 2021 :
Depuis le début des années 2000, les hauteurs de Bas-Oha ont vu fleurir un nouveau quartier connecté à la rue Fond du Ry. Et si les autorités locales décidèrent de donner à la voirie le desservant en cul-de-sac le nom de rue en Briolet en 2002, c'est en lien avec le très ancien vignoble qui y était exploité jadis. "On parle toujours des vins de Huy, mais il y a aussi eu une longue tradition viticole à Bas-Oha avec des hectares de vignes à perte de vue depuis l'ancienne église jusque dans la vallée à Java", souligne la Bas-Ohatoise Stéphanie Ratz qui préside le Cercle hutois des sciences et des beaux-arts.
Contrairement à la définition peu glorieuse de "piquette, petit vin" associée au mot briolet dans le dictionnaire Larousse au XIXe siècle, le vin issu des coteaux bas-ohatois avait bonne réputation. "C'était un vin très apprécié avec des mentions dans des actes notariés du XVe siècle. Maintenant, il n'y a pas de preuve historique que le Larousse visait alors les vins de Wanze et ceux de Huy qui, par essaimage, ont pris la même appellation vers la seconde moitié du XIXe siècle. Il faut se rappeler que la plupart des vignobles étaient propriété de riches Hutois pour leur qualité et leur productivité. On suppose que le nom "en Briolet" a été donné à toute la production locale, y compris celle de Huy avant de prendre l'appellation "vins de Huy" qu'on leur connaît aujourd'hui."
Le vin bas-ohatois connaîtra ses années d'or du XVe au XIXe siècles comme en attestent les chiffres de vente mentionnés dans les comptes de la Commune de Bas-Oha. Le cépage le plus répandu sur le Briolet était le Pinot de Bourgogne. On trouvait surtout du Pinot noir ou Noirien de Bourgogne et, en plus petite quantité, du Pinot gris ou Pinot Beurot.
Dans les estaminets et… à la messe
Florissante, l'activité impactera littéralement la vie locale. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, le curé Delrée cultivait sa propre vigne, exemptée d'impôt, à Java. Pour sa consommation mais aussi celle de ses paroissiens qui avaient droit au vin de messe "fait maison" le vendredi venu. Et il faut croire que le vin local coulait à flots dans les nombreux estaminets que comptait Bas-Oha à l'époque. "Les cas d'ébriété et de tapage nocturne sur la voie publique étaient devenus à ce point problématiques qu'il fut décidé en 1845 de créer une garde de nuit chargée de faire des rondes pour rapatrier les ivrognes à leur domicile. Ne pouvaient en faire partie que des hommes valides et non enclins à la boisson. Aussi, les heures d'ouverture des cabarets seront limitées à 21h ou 22h selon la période de l'année, sous peine d'une amende de 5 francs."
Une grande partie du vignoble bas-ohatois disparaîtra après la Première Guerre mondiale. La culture du raisin (Frankental et Royal) se poursuivra jusqu'en 1959 à Java, avant le rachat et la démolition des deux centres de production (les Grandes serres, les Petites serres) par la Sucrerie pour agrandir sa cimenterie voisine. Et les terres viticoles seront quant à elles laissées en jachère.
